Edito par Nicolas Vidal

 

Si la pop était genrée, serait-elle une fille? La soi disant légèreté, l’émotion mélodique et la fausse naïveté m’ont toujours paru plus féminines et sophistiquées que le rock, plus outré d’un certain point de vue. Mais une certaine douceur n’empêche pas la lutte et la détermination, et la pop féminine, comme le rock féminin, est toujours subversive pour les tenants d’un puritanisme culturel où les hommes décident en majorité. Qui va sortir des disques? Qui va jouer dans les festivals? Qui sera en couverture d’un magazine? En même temps, je dis ça et je suis un homme, blanc, qui décide des artistes à mettre en avant dans un webzine… Paradoxe d’un moment charnière où le pouvoir doit changer de camp et se partager et où l’on voudrait être solidaire de la lutte sans se l’approprier. Chez Faces, on se rangera toujours du côté des femmes artistes. Par conviction, par goût, mais aussi car il est  temps que le ton change. D’où ce numéro entièrement dédié à la pop féminine, aux créatrices, à la sororité pop, aux égéries. Katel, Robi et Emilie Marsh ont créé FRACA, un label féminin et féministe assumé qui veut faire bouger les lignes d’un milieu parfois encore hostile à mettre des femmes aux postes de pouvoir. Elles nous ont raconté cette aventure artistique et sociale qui démarre fort bien. Silly Boy Blue, Alma Forrer et Chine Laroche sont chanteuses et ont sorti chacune un EP récemment qui leur a permis d’intégrer le chantier des Francos. Nous avons eu envie de les réunir pour un photoshoot pop où leur singularité a fait le reste. On fera également un focus sur les actrices qui chantent, sur Tchika, un magazine d'empowerment pour les petites filles, Kylie Minogue, Elizabeth Peyton, le “Girls Rock” de Sophie Rosemont, la sensation Rosalia et le “Haut les filles” de François Armanet. La pop est définitivement féminine !

ENTRETIEN & PHOTOS:  Nicolas Vidal

Comment et pourquoi est né le label FRACA ?

 

Katel : On avait toutes créé une structure autour de nos projets respectifs. Des structures associatives qui nous permettaient de produire nos albums, et puis on cherchait des licences pour les sortir. Là, la différence, c’est qu’on prend en charge la deuxième partie : la distribution et la promotion des disques. Il y a beaucoup d’artistes producteurs, mais ça ne fait pas un label pour autant. Il faut réussir à faire cette deuxième partie du travail, qui n’était pas forcément notre idée de départ d’ailleurs.

Robi : On voulait mettre en commun nos outils, nos compétences, nos savoir-faire.

Emilie : Beaucoup d’artistes créent un label pour produire leurs projets, mais il y en a peu qui se fédèrent autour d’un projet de label, avec plusieurs projets artistiques. On voulait créer un label féminin et féministe. Il y a très peu de femmes aux postes de direction artistique dans les labels. On a été très stigmatisées au début, et c’est pour ça qu’on a appelé le label Fraternité Cannibale. On ne se mange pas les unes les autres, mais on se nourrit les unes des autres, ce qui est très différent.

Katel : Au delà des compétences artistiques, on voulait aussi rassembler dans un même endroit les demandes de subvention, les réseaux, tout l’aspect technique et les mutualiser. On travaille avec ID Rights qui est une structure qui travaille avec beaucoup de labels d’artistes. Plutôt que de payer chacune des gens pour l’opérationnel du travail de production, autant le faire en commun. Et puis on avait envie de s’engager sur ce qu’est un label aujourd’hui : créer un petit label de longue carrière. Se permettre, à nous mêmes et à d’autres gens, de faire des albums toute notre vie.

Robi : On avait envie d’aller à contre courant de ce qui se fait actuellement, de l'éphémérité des choses, la course à la nouvelle sensation dans laquelle on est plongé, et que les journalistes entretiennent aussi. Durer, c’est finalement plus dur que d’émerger aujourd’hui. On se donne les moyens de faire les disques qu’on veut faire, produire ceux qu’on a envie d’écouter, des esthétiques qui ne sont pas forcément dans l’air du temps.

 

Katel, tu as produit artistiquement les deux premiers albums du label, celui d’Emilie Marsh et celui d’Angèle Osinski, Robi a réalisé certains clips… Dans l’idée de label, il y a aussi l’idée de direction artistique, au delà de vos disques à vous. Vous avez signé Superbravo et Angèle Osinski. Est ce que l’idée est venue assez vite d’ouvrir le label à d’autres artistes?

Robi : C’est venu au moment de créer le label. Quand on a réfléchi à tout ça, on voulait porter, pour nous et pour les autres, cette parole et amener ces compétences.

Katel : J’étais en train de travailler sur l’album d’Angèle, et l’idée était de chercher une licence ensuite. Et finalement on lui a proposé de signer chez nous et elle était partante à fond. Ça correspond aussi à certains artistes qui n’ont pas des velléités de succès immédiat et qui veulent vivre cette aventure là, qui veulent creuser des sillons artistiques.

 

Vous êtes un label féminin et féministe. Cela passe aussi par une prise de pouvoir des postes qui sont tenus habituellement par des hommes, notamment la direction artistique.

Katel : On est dans une idée globale du féminisme qui inclut une idée sociale.

Robi : Ça faisait aussi partie de nos réflexions. Au delà de monter une boite de prod, et plutôt que de se plaindre des chiffres qui sont tellement parlant tant au niveau de la direction des labels, des DA, des réalisatrices artistiques qui sont peu nombreuses, on s’est dit que c’était une façon d’être dans le monde qu’on a envie de voir bouger que de prendre ces responsabilités là.

 

Dans le quotidien du label, comment vous partagez-vous les choses ? Car il n’y a pas que de l’artistique à gérer tous les jours. Êtes-vous allées spontanément vers vos compétences naturelles?

Emilie : Ça s’est fait au fur et à mesure. Katel gère plus la comptabilité, moi je gère plus la distribution...

Robi : On s’est attribué aussi des choses pour que ce soit plus facile avec nos partenaires. C’est compliqué d’avoir 3 interlocutrices. Mais toutes les décisions se prennent à 3, ce qui nécessite d’être connectées les unes aux autres, ce qui est parfois difficile. Emilie est beaucoup en tournée, Katel en studio, moi je fais des clips, donc il faut faire en sorte de se retrouver malgré nos endroits de compétences et nos emplois du temps.

Concrètement, comment produisez vous les disques ? En France, on a un système de subventions qui fonctionne bien mais qui est un peu compliqué à mettre en place.

 

Emilie : Nous fonctionnons bien sûr avec des subventions. On n’est pas assez riche pour s’en passer.

Robi : Il faut que nos albums rentrent dans ce que nous pouvons obtenir avec les subventions. Peut être qu’un jour nous aurons suffisamment de trésorerie pour produire nous mêmes.

Katel : Les subventions aident uniquement pour la partie liée à la production des albums. La promotion et la diffusion ne sont pas subventionnées, sauf la SPPF où l’ADAMI. Ce sont donc les labels qui prennent en charge cette partie. L’idée c’est de faire exister les choses. Nos autres leviers ont donc été du mécénat, du crowdfunding, et des apports personnels. On prend un vrai risque de producteur.

Robi : Et puis il y a un fort investissement en nature. Katel qui produit les albums de Fraca, s’il n’y a pas d’argent pour produire, elle gagne moins de sous. C’est du temps passé sur des projets qu’elle pourrait faire ailleurs en étant mieux payée.

Katel : L’investissement en nature est fort et est valable pour chacune d’entre nous. Sans compter le matériel personnel à disposition, les caméras, les instruments, les machines.

Robi : Et puis il y a tout le travail fourni pour le label pour lequel on ne se rémunère pas. Et c’est énormément de temps.

 

Est-ce que vous aviez un modèle de label ou d’artiste qui vous a inspiré pour créer le label ? Je pense à Edith Fambuena pour la réalisation de disques par exemple.

Katel : Edith, c’est plus qu’un modèle. Elle ne s’est jamais lancée pour l’instant dans un label, par contre elle fait partie des 3 femmes en France qui font de la réalisation. Je l’ai rencontré pour la première fois lors d’un barbecue, et au bout de 20 minutes, elle m’a donné les clés de son studio pour que j’y fasse ce que je voulais. Donc elle a été très solidaire et engagée à ne pas fermer la porte à d’autres femmes. Elle a été d’un énorme soutien, à plein de niveaux. Elle m’a fait travailler sur des projets, elle partage beaucoup.

Robi : La démarche du label, elle va au delà du label. On a fait une compilation avec La Souterraine qui est une compil Fraca et ses ami.e.s, on organise des soirées avec la participation généreuse de plein d’artistes qui viennent pour partager un moment de joie alors qu’ils ont d’autres choses à faire. On essaie d’avoir un mouvement fédérateur. La musique, c’est du partage, c’est de l’entraide, on essaie de casser les idées reçues comme quoi les artistes seraient concurrents, et que les femmes en particulier seraient concurrentes entre elles. Ce qui n’est pas le cas.

 

En terme d’esthétique musicale, est-ce que vous aviez une idée précise des projets que vous vouliez mettre en avant ? Vous avez déjà entre vous des univers très différents, mais est-ce que vous pensez qu’il y a déjà une idée musicale qui se dégage ?

Robi : Je dirais qu’il y a une exigence plus qu’une esthétique musicale.

Emilie : Ce sont des projets en français. On a réfléchi à ce qu’on pouvait apporter aux artistes. Il y a des artistes qu’on adore mais on n’a pas le réseau pour bien travailler leur projet, et donc on ne pourra pas bien le développer. On ne pourra pas enclencher les leviers qu’on a déjà.

Katel : On vient toutes les trois d’un réseau issu d’une certaine forme de chanson. Après, il y a plein de variations et de réseaux autour de ce genre. On va dire qu’on se retrouve autour de l’idée de ne pas faire un chanson trop traditionnelle, ni de la grande variété. Tous les projets sont plutôt assez complexes et difficile à caser. Emilie a quelque chose de plus ouvert. C’est notre locomotive à tubes.

Emilie : Je suis peut être la plus variété des trois. Le terme est galvaudé, mais moi j’aime bien. Souchon, c’est de la belle variété, classe.

Robi : On pense qu’il y a un public pour chacun des univers qu’on défend. Par contre, on a en commun une certaine exigence et une forme de radicalité, de parti pris.

Katel : Il n’y a pas d’idée de concessions à faire. Et ça, ça fait partie des joies d’avoir un label. Je sais aujourd’hui que quoi que seront mes envies, elles pourront exister. C’est une grande liberté. J’ai pu constater que mon troisième disque qui était le moins vendable d’un certain point de vue, est celui qui m’a rapporté le plus d’argent, et qui m’avait coûté le moins. Je crois que quand on est au plus près de soi, il y a un moment où cela résonne.

Robi : Une liberté qui nous coûte cher, mais on se régale. On s’amuse beaucoup.

 

Est-ce que vous pensez que votre label arrive au bon moment ? Les initiatives féminines et féministes ont plus d’écho en ce moment.

Robi : on ne peut pas nier que oui, c’est une évidence. Ça s'inscrit dans une actualité. Ce n’est pas pour ça qu’on a créé le label mais c’est certain que cette démarche, si on l’avait entreprise il y a cinq ans, elle n’aurait pas eu le même écho.

Katel : Et cela répond à plein de mouvements: celui des artistes producteurs, celui des femmes qui veulent prendre des places de pouvoir, celui de l’autonomie financière… Fraca, c’est aussi une force pour parler des artistes, avec une vraie idée de label. Cela rejoint l’idée du label Tricatel de Bertrand Burgalat qui a une vraie esthétique. On va écouter ces artistes là car ils sont signés chez Tricatel. Et ça, c’est la force de l’état d’esprit. C’est ce qui fait l’idée d’un label indépendant contrairement aux majors. Et c’est un graal à trouver. J’ai l’impression, dans ce qu’on fait, que le label ramène de la lumière sur les artistes.

Robi : Cela fait longtemps qu’on avait des initiatives de rapprochement des artistes, bien avant Fraca. On organisait chez moi des soirées chanteuses pour casser un peu l’isolement que l’on ressent en tant qu’artiste et en tant que femme dans la musique. Chacune de nous invitait d’autres chanteuses qu’elle connaissait, avec des niveaux de carrières différents. C’est pour nous une continuité. On croit très fort aux vertues de la fête et ça fait partie de l’ADN de notre label. C’est pour ça qu’on continue les soirées. C’est là que peuvent naître des histoires, des collaborations. C’est le coeur de notre fonctionnement. Et c’est aussi ce qui donne de la résonance au label. Ce n’est pas fabriqué.

Une chanteuse : Kylie Minogue Au royaume de la pop féminine mondialisée, il y a les reines (Madonna), les princesses (Taylor Swift), les battantes (Beyoncé), les presque folles (Britney Spears) et toute une imagerie de la concurrence entre femmes qui fait toujours rage. Mais il y a aussi celles qui ne se prennent pas au sérieux tout en remplissant des stades. Qui ne renient pas avoir chanté des bluettes sentimentales et les chantent encore en embrassant un kitsch assumé assez joyeux. Mais qui sont aussi capables de chanter avec Nick Cave et les Pet Shop Boys, travailler avec les Scissors Sisters où Emiliana Torrini, et paraître moins diva que Rufus Wainwright en chantant une chanson d’Elton John avec lui. En fait, elles ne sont pas nombreuses, il n’y en a même qu’une : Kylie Minogue. Depuis la fin des années 80, elle est là, qui assure, qui chante toujours aussi bien, qui vend des disques, sans messages particuliers, juste avec l’envie de s’amuser, de faire des fêtes géantes avec tous ses fans LGBT+ et de donner du plaisir (un peu coupable). Une compilation, “Step back in time : the definitive collection” sort le 28 juin. Et force est de constater que bien de ses tubes eighties (“Step back in time”, “Put your hand on your heart”, “Better the devil you know”) tiennent plutôt bien la route pop malgré le sucre PWL, que “Your disco needs you” est le plus bel hymne pop queer existant, que “Confide in me” et “Where the wild roses grow” sont des chefs d’oeuvres mélodiques, que “Slow” et “I believe in you” ont posé les jalons d’une synth pop mondialisée et que “Can’t get you out my head” est le titre ultime des dancefloors réconciliant les branché.e.s et les fêtes au camping. Rien que pour ça, sans en avoir l’air, Kylie Minogue est indispensable à la pop bubblegum, dont on a plus que besoin aujourd’hui. Sortie le 28 juin

Une peintre : Elizabeth Peyton - Elizabeth Peyton est une peintre américaine très influencée par la pop culture. Portraitiste hors pair, elle peint ses ami.e.s, ses idoles, des figures contemporaines qui hantent l’inconscient collectif dans un style figuratif et un geste presque enfantin. De David Bowie à Leonardo Di Caprio, des Obama à Eminem, de Sofia Coppola à Kanye West, toute la royauté jet set est représentée dans ses tableaux stylés qui évoquent autant l’attention démesurée aux popstars que la mise en abyme classique des gens qui font le monde en s’inscrivant dans une histoire de l’art contemporaine et fascinante.

Un livre : Girls rock Sophie Rosemont - Tout le monde est d’accord pour souligner l’apport des rockeurs et des popeux dans la culture mainstream. La libération des moeurs et des normes sociétales à travers les John Lennon, Jim Morrison, Iggy Pop ou Elton John ne fait aucun doute. Mais est-ce que Aretha Franklin, Patti Smith ou Debbie Harry n’ont pas fait autant évoluer la société? Sophie Rosemont, rock critic et journaliste a le mérite à travers son livre, de combler ce vide et cette injustice. En mettant en avant des tribus d’artistes féminines aussi différentes que complémentaires, “Girls Rock” et son récit thématique permet de montrer à travers des biographie orientées et des “familles” recomposées, l’apport de ces femmes dans le monde de la musique. Mais elle met également en lumière les luttes (de pouvoir, de création) qu’elles ont dû endurer pour montrer au monde leur force, leur créativité et leur grande influence à travers les époques. Le regard bienveillant et admiratif de Sophie Rosemont nous permet d’apprendre des choses sur les chanteuses qu’on aime, de découvrir des pionnières dont on ne connaissait rien et de jouer à une sorte de jeu des 7 familles féministes aussi réjouissant que pédagogique. Ouvrage disponible

Un disque : Rosalia, “El Mal Querer” - Rosalia est en train de mettre le monde a ses pieds. En 2 albums de pop flamenco, elle a réussi à imposer dans le monde sa musique hybride, mélange de racines flamenco et de R’N’B contemporain. Il suffit de voir la ferveur qu’elle provoque à chacun de ses concerts, particulièrement celui dont on a été les témoins lors de la dernière édition de We Love Green. En un set explosif, elle a réconcilié les branchés et les sceptiques avec un show millimétré et généreux qui faisait plaisir à voir. Il y avait longtemps que l’Espagne n’était pas revenu au centre de la pop, avec une musique personnelle et universelle. Et ce n’est pas près de s’arrêter. Après un duo avec James Blake  et une participation au dernier film de Pedro Almodovar, elle s'apprête à travailler avec Pharrell et Billie Ellish tout en continuant son périple des festivals mondialisés. Viva España ! Album disponible

Un magazine : Tchika  “ Je dirais que suis flambeuse, anxieuse et joyeuse.” Elizabeth Roman est joyeuse comme son média qui démarre très fort, Tchika, un magazine d’empowerment pour les petites filles entre 7 et 11 ans qui parle de science, de culture, de femmes inspirantes. Et visiblement, cela manquait car Elizabeth Roman, créatrice de ce magazine indispensable, a réussi à récolter plus de 60 000 euros lors du crowdfunding de lancement du magazine, et beaucoup d’articles ont été consacré à son initiative. “ L’idée a germé un peu comme ça. Je voulais faire un magazine scientifique pour les filles au départ, mais je me suis dit que si je devais faire ça, autant en faire un non genré, et je voulais faire quelque chose pour les filles.” Mais faut-il être flambeuse pour créer un média aujourd’hui ? “Je ne suis pas sûre qu’il faille être flambeur pour créer un média aujourd’hui. Par contre il faut l’être un peu pour créer une entreprise. On ne sait pas ou on va, on n’a pas de sécurité… Mais c’est le monde dans lequel on vit qui nous rend comme ça vu qu’il n’a plus de boulot. ” Le monde dans lequel on vit est aussi très genré, avec des assignations précises et des injonctions tenaces : “Quand je travaillais pour “Science & Vie”, en tant que rédactrice en chef, l’éditorial était masculinisé, sauf quand j’écrivais certains articles, alors que l’on avait 40% de lectrices. Moi, dans le monde professionnel, je me considère comme asexuée. Mais c’est important pour les futures lectrices qu’elles sachent qu’une femme est derrière le magazine. Car je m’adresse aussi à la petite fille que j’ai été et qui n’avait pas de choses qui lui plaisaient dans la presse pour petite fille.” Une initiative pop et féministe que nous ne pouvions que saluer. Pour se procurer le magazine Tchika : https://www.tchika.fr/

Un film : "Haut les filles" François Armanet - Et si Edith Piaf était finalement la mère de toutes les rockeuses ? C’est avec ce postulat de départ que s’ouvre le documentaire “Haut les filles” de François Armanet. Le rock féminin français, berceau d’émancipation des femmes et terreau sociétal libérateur, n’est pas souvent vu par le prisme du féminisme inter-générationnel. En donnant la parole à des artistes singulières d’époques différentes, des antagonistes et néanmoins précurseures Brigitte Fontaine et Françoise Hardy aux plus jeunes Camélia Jordana et Imany en passant par les héritières arty (Lou Doillon et Charlotte Gainsbourg) et les égéries singulières (Vanessa Paradis et Elli Medeiros), le film de François Armanet donne à voir, par le prisme personnel des intervenantes, les évolutions de la femme artiste à travers les décennies, de la fille de français moyen (Sheila) à la rockeuse féministe (Jehnny Beth) en passant par l’égérie world (Amina). Le rock est finalement un prétexte, tant la pop où la chanson ont autant servi à réécrire les modèles de féminité et de féminisme (Catherine Ribeiro et son engagement politique, Barbara et son mal de vivre en bandoulière ou Jeanne Added et son naturel tomboy). A travers des archives et des interviews, se dessine en creux une lutte perpétuelle, à tous les niveaux (sociaux, émotionnels, familiaux) dont les femmes artistes se font l’écho, consciemment ou inconsciemment. Et de voir que les années 80, tant décriées à l’époque, ont permis l’éclosion de modèles pop moins uniformes et très libérateurs à travers les Catherine Ringer, Béatrice Dalle, Vanessa Paradis, Charlotte Gainsbourg, Muriel Moreno (Niagara) ou Elli Medeiros, finalement moins formatées que celles, plus actuelles, dont la posture rock bourgeoise semble s’adresser à une élite arty, à priori plus affranchie des codes. Ne manque juste que quelques évocations d’artistes importantes à nos yeux et dans ce qu’elles représentent (Lio et Véronique Sanson par exemple). Mais le film ne cherche pas l’exhaustivité, et c’est tant mieux. Sortie le 3 juillet

Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Marie Laforêt, Lou Doillon…Un nombre conséquent d’actrices ayant enregistré des albums figurent parmi les joyaux pop de la chanson française. L’'écoute de l’EP de L’épée, nouveau projet réunissant Emmanuelle Seigner, Anton Newcombe et The Limiñanas, nous a donné envie de nous pencher sur ce sujet, et de vous concocter une playlist estivale consacrée à ce phénomène assez français (mais pas que !). N'hésitez pas à lire notre article consacré à nos 5 albums préférés dans cette « niche » discographique plutôt passionnante. LIRE L'ARTICLE

Il est toujours un peu artificiel de mettre sous une même étiquette des artistes qui éclosent au même moment et qui n’ont finalement de points communs que leur activité musicale. Mais il est aussi touchant de les réunir, comme pour figer une certaine représentation générationnelle d’un moment, d’une époque. Chine Larroche, Alma Forrer et Silly Boy Blue sont sensiblement de la même génération et ont toutes les 3 été sélectionnées par le chantier des Francos, structure attenante aux Francofolies de la Rochelle, qui permet à une quinzaine d’artistes d’avoir  une aide au développement scénique de leurs projets. Elles ont aussi sorti ces derniers mois des chansons. L’EP “Outsider” pour Chine Laroche, “Solstice” pour Alma Forrer, et “But you will” pour Silly Boy Blue, qui a également remporté le prix des Inouïs du Printemps de Bourges. 3 filles, 3 styles différents. 3 bonnes raisons de se réjouir de la bonne santé de la pop française.

Silly Boy Blue, où Ana pour les intimes, écrit une pop grungy et synthétique dont les mélodies se logent dans la tête pour ne plus en sortir. Une efficacité mélodique que l'on retrouve dans la plupart des morceaux qui sont déjà sortis, dont "The fight", énorme tube en puissance, dont l'écoute prolongée et le refrain ultra catchy peuvent devenir très addictifs. Sa dream pop de chambre qui évoque autant Beach House  que Lana Del Rey nous a procuré des émotions teenage que l'on croyait enfouies à jamais. La voix d'Ana, apaisante et chaleureuse, nous donne envie d'en entendre plus. Beaucoup plus. Et vite.

Alma Forrer est une équilibriste. Sa folk éthérée et ultra touchante nous a transpercé le cœur, et ce dès l'écoute de "Conquistadors", pop song Adjaniesque en diable qui devrait innonder les radios si la pop était encore prise au sérieux. Mais ce qui nous a autant plu en la découvrant sur scène, c'est ce mélange de fantaisie et de douceur, cette personnalité résolument  poétique et attachante, cette façon de voir le monde à travers des chansons presque d'une autre époque. Mais la modernité de son timbre et son penchant romantique en font une chanteuse essentielle, capable de reprendre Patrick Juvet et d'émouvoir les foules.

Les chansons de Chine Laroche sont absolument dans le son du moment. Sa pop aux accents soul électroniques et ses productions aérées sont dans un air du temps bien présent, mais l'intimité qui se dégage de ses chansons est bien réelle. On songe à une Mariah Carey indé (sans les envolées quoi) qui nous susurrerait son quotidien parisien sur des claviers qui sentent le Jack Daniels entre 2 roulées bien senties. Il y a une sensualité dans ses accords et ses envolées chuchotées qui nous poussent à s'accrocher à son timbre. Un R'n'B bien d'ici qui aurait avalé Drake et  Chagrin d'Amour dans un flow doux et puissant.