Edito par Christophe Gatschiné


Discrète et sensible, Emma Solal se révèle en héroïne pop solaire sur un troisième album électronique et accrocheur, résolument moderne, qui rompt avec l’empreinte rétro nostalgique un peu froide de ses premiers émois musicaux.
De la Belle Époque de la chanson Française à la variété chic de la nouvelle scène hexagonale, elle se fraye un chemin à pas de velours, escortée par ses compositeurs gardes du cœur. Sa voie : celle de la sincérité et du besoin de voir le monde plus léger, plus élégant, plus chaleureux. Son dessein, « L’amour et c’est tout ». Tout un programme… qu’elle décline sur douze plages romantiques au charme doux, de celles que l’on fredonne parce qu’elles ont l’évidence des bluettes et l’immédiateté des tubes de poche. La promesse du feu sous la glace.

ENTRETIEN: Christophe Gatschiné PHOTOS:  Nicolas Vidal

Comment est né ce 3ème album ?

Emma Solal : C’est le résultat d’un bon alignement de planètes et de belles collaborations. Nicolas Vidal m’avait accompagnée sur quelques chansons lors de mes concerts aux Déchargeurs pour l’album de reprises de Françoise Hardy, « Messages Personnels ». Nous avons envisagé une collaboration et il m’a envoyé des musiques qui m’ont plu. J’ai également adoré les arrangements de son « Bleu Piscine », réalisés par Valentin Aubert, lorsqu’il me les a fait écouter. Nous nous sommes alors dit que c’était le moment de travailler ensemble pour mon nouveau disque et qu’il soit arrangé par Valentin et Nicolas ! On est partis deux fois en week-end dans une maison en Bourgogne et Nicolas a ensuite écrit cinq textes en l’espace de quelques semaines ! Ces moments partagés ont cimenté les choses ; il a vraiment perçu ma sensibilité. Puis tout s’est parfaitement imbriqué. Deux titres ont été composés par Pierre Faa avec qui j’avais fait « Robes du soir ». Un autre composé par Jérémie Kisling et écrit par Éric Chemouny (« La femme d’une star »), lequel a écrit la chanson « Sang pour sang » pour Johnny Hallyday et qui est un ami. D’autres proviennent de Grégory Gabriel (« Au bar de l’hôtel ») qui a récemment mis en musique des poèmes d’Alfred de Musset, et enfin de Constance Petrelli dont j’adore le travail. Les séances d’enregistrement dans le home studio de Valentin ont été très joyeuses et productives. Bref, tout cela s’est fait de manière très fluide, harmonieuse, et en cohérence avec mon projet initial. On avait même d’autres morceaux qui n’ont pas trouvé leur place !

 

Tu amorces avec ce disque un virage électro-pop aux accents eighties très dans l’air du temps…

E.S. : Mes disques précédents étaient plutôt jazzy. Après ça, j’avais un désir très fort d’aller vers une musique plus pop et électronique. Cela correspond aussi à ce que j’écoute depuis quelques années : Daft Punk, Charlotte Gainsbourg, Bertrand Burgalat…  et d’autres influences plus récentes comme Catastrophe ou Petit Biscuit.  Ces nouvelles sonorités sont aussi le résultat d’une évolution personnelle. J’avais envie de tonalités plus colorées, d’une ambiance solaire. Un besoin de sortir du registre mélancolique... et de ma zone de confort. J’aime bien les challenges ; ici je me suis aventurée sur des territoires plus aigus que ma tessiture habituelle.  Les morceaux ont pris cette direction en conséquence. « L’amour et c’est tout », le titre le plus immédiat et accrocheur peut-être, est une chanson ancienne qui a 5 ou 6 ans et dont le texte était très différent. Valentin a apporté une basse, un beat, et elle s’est complètement transformée. Il n’y avait pas de recherche consciente du single ni de quête du tube. C’est beau quand les choses se font par-delà soi, que les chansons prennent leur envol toutes seules et se développent autrement.

 

… tout en conservant l’héritage d’une certaine chanson Française ?

E.S. : Oui car je viens de là. Lorsque j’ai commencé à chanter, je reprenais Serge Rezvani, Jeanne Moreau. J’ai beaucoup écouté Barbara, Boris Vian aussi. J’aime beaucoup la littérature Française ; j’ai souvent lu des textes pendant mes concerts. Alors, je tiens à ce que les paroles de mes chansons aient du sens et un certain rapport au monde, une profondeur, un phrasé. Et puis, j’ai été bercée par la musique classique ; ma mère organisait des concerts. Tout cela forme ma maison en quelque sorte. Ce disque révèle sans doute une maturation de ma palette musicale : je trouvais intéressant de poser des textes assez profonds sur une musique enlevée, d’avoir un fond très ancré et une forme légère. Je suis très sensible à cette alchimie parce qu’elle est en accord avec ce que je suis. À mon âge, quand on n’a plus 28 ans, on a déjà traversé pas mal de choses, des joies, des épreuves, des peines… dont on est riche. Je voulais ce relief, me confronter au temps qui passe et partager mes émotions, qu’elles soient gaies ou sombres. Dans la démarche, et de par ma génération, je me sens proche de filles comme les Brigitte, Charlotte Gainsbourg ou Barbara Carlotti. Elles sont généreuses et sincères tout en témoignant beaucoup de fraîcheur.  Au final, je crois que quelque chose de moi s’est ouvert et s’est densifié avant de se déployer.

Deux morceaux, « Is Arutas » et « Monica Vitti », évoquent l’Italie ? Sont-elles autobiographiques ?

E.S. : En partie, oui. J’ai une grand-mère Italienne et j’ai passé une bonne partie de mes vacances d’été en Toscane. Il y avait ce voilier du côté de Pise… Par la suite, j’ai moi-même vécu à Florence pendant quatre ans. L’Italie est très importante pour moi. J’ai gardé des amis là-bas, en Sardaigne notamment où je vais assez souvent.  Ces chansons renvoient aussi à la dolce vita, au cinéma de la nouvelle vague Italienne et à ces figures intemporelles. Des compagnes et compagnons de route et des influences auxquelles l’on est très sensible en France je crois. En cette période de rentrée, c’est une façon de prolonger l’été. J’adore la sonorité de la langue Italienne, sa musique est belle. Elle a une grammaire très proche du Français, sophistiquée, avec des accords pas toujours faciles. Peut-être que je chanterai des titres en Italien sur un prochain album… 

 

Personnel voire intime, ton album est aussi très féminin. Devrais-je dire « féministe » ?

E.S. : Je revendique cette féminité, que j’associe notamment au fait d’être sensuelle et romantique. Cela peut paraître un peu mièvre mais je crois qu’on a besoin de ça, de cette « douceur ». On est suffisamment malmenés aujourd’hui ! J’avais envie de partager une vision tendre et poétique des sentiments et des rapports amoureux. Nous sommes faits de chair et d’os. C’est beau une femme et c’est beau de la célébrer. Donc féministe, oui, d’une certaine façon. C’est un thème très intime et d’actualité. Je réalise ma chance de vivre dans un pays « libre » mais il existe encore une certaine pression et la parole des femmes mérite, exige, d’être davantage libérée. Nous avons beaucoup de choses à dire sur le monde. Moi qui ai fait pas mal d’aquarelle, un peu de photo, j’aimerais creuser d’autres formes d’écriture, pour les enfants par exemple, refaire davantage de piano ou apprendre d’autres instruments. Il y a tant de chemins d’ouverture passionnants…

 

Dans le clip de « Baisers Illicites », un homme embrasse un homme, une fille embrasse une fille, et il se forme une sorte de quatuor amoureux… Est-ce « provocant » en 2018 ?

E.S. : Je n’ai pas cette impression ; il suffit d’allumer sa télé pour s’en convaincre ! Même s’il est sorti au moment de la Gay Pride – on m’a fait la remarque – ce clip n’est pas non plus « militant ». J’ai simplement voulu aborder des questions dont je suis imprégnée, sans aucune provocation. C’est avant tout une exploration des désirs à 360 degrés, très fantasmagorique. On ne sait pas si c’est vécu ou bien rêvé… Nous avons voulu avec le réalisateur Christophe Léopold Lafont que le clip soit élégant et intrigant, en référence à l’univers de David Lynch auquel nous faisons quelques petits clins d’œil scénographiques. Pour moi qui suis à la fois pudique et engagée, mettre en scène des choses crues ou directes est un magnifique terrain d’expression.

 

… une façon de jouer avec ton image ?

E.S. : J’aime être à la frontière entre moi-même et un personnage, un entre-deux qui révèle ma nature plus qu’il ne la force. Jouer d’une certaine sophistication pour dévoiler des aspects insoupçonnés de ma personnalité. C’est important de chercher à se révéler soi-même !
Je suis contente des photos qui accompagnent le disque car elles montrent une facette de moi plus glamour et sexy, plus « Parisienne » aussi. J’aime l’élégance, cette idée du « luxe à la Française ». Dans le monde tel qu’il est, il faut plus que jamais des espaces et des moments de grâce, de beauté, de rêve, conserver un art de vivre qui va vers le beau. Les artistes sont là pour nous embarquer dans un univers, faire des choses qui sortent de l’ordinaire, nous font rêver et nous élèvent…

Arthur H - «Arthur H est un artiste que j’admire beaucoup et qui m’inspire. Il a une très grande liberté et créativité. Je le trouve visionnaire, généreux et j’adore sa capacité à se réinventer à chaque album.  Parmi mes chansons préférees : Cool Jazz, Avanti,Dancing with Madonna, La beauté de l’amour, Baba Love,  Prendre corps, Tokyo Kiss, La ballade des clandestins...»

LIVRES -  «J’aime la femme audacieuse, qui  a du caractère, qui brûlait la vie par les deux bouts, mais aussi très sensible qu’est Françoise Sagan. Je n’ai jamais cessé de lire et relire «Frangments d’un discours amoureux» de Roland Barthes depuis l’adolescence. Ce livre sur l’amour et ses déclinaisons heureuses, contrariées, tristes, toutes ces humeurs que je trouve toujours très touchantes.  Julio Cortazar est un écrivain argentin que j’aime beaucoup, il est avec Borges l’un des auteurs du réalisme magique, avec cette réalité empreinte de mystère. Et j’aime la forme de ce livre qui se lit de plusieurs façons.»

PEINTURES / PHOTOS -  «J’aime beaucoup le peintre américain Cy Twombly dont la rétrospective au Centre Pompidou m’a beaucoup touchée. J’aime son univers, ses couleurs. Laurence Guenoun est une amie photographe qui est très généreuse et bienveillante envers ses modèles. Elle éclaire de l’intérieur les gens qu’elle photographie ou qu’elle filme. J’adore son travail, aussi bien ses portraits que le reportage qu’elle a réalisé dans les favela à Rio.»

Disques- «J’adore les chansons de Serge Rezvani par Jeanne Moreau. Ce sont les premières chansons que j’ai chanté. Elles sont pleine de sensibilité et d’humour, un peu décalées et sont toujours aussi fraîches. «La flûte enchantée» de Mozart est un disque d’enfance, ça me fait pleurer à chaque fois, et j’aime ça ! J’adore pleurer à l’Opéra, La musique classique me chavire souvent.J’aime beaucoup le couple Berger/Gall, les chansons de l’un, l’énergie de l’autre, cette variété française un peu intello, mais aussi assez mélancolique. Prince, c’est mon amour de jeunesse, sensuel et épicé. «Lovesexy» a été mon inititaion à la sensualité dans la musique, surtout «When 2 R in love». Le dernier album de Bertrand Burgalat a été un vrai choc pour moi, aussi bien les textes que la musique, son côté à la fois chic, mélancolique et électronique.»

Ma Playlist...

FILMS-  «J’ai vu «La double vie de Véronique» quand j’avais 18 ans et j’avais trouvé ça d’une sensualité et d’un mystère délicieux. Irène Jacob que je trouvais superbe, la musique de Zbigniew Preisner, son atmosphère étrange me plaisait beaucoup. «La grande bellezza», c’est mon côté italien, la Rome décadente, élégante, pleine de panache, l’Italie qui décline mais dont la beauté reste sublime. Et Fanny Ardant, sa beauté et sa sensibilité, un modèle de femme que je trouve très inspirant. Son phrasé, sa pétillance et son espèce de folie douce. Et ce rôle superbe dans «La femme d’à côté».»

" J’ai eu la chance de faire des photos avec Letizia à l’hôtel Pigalle pour mon dernier album. J’adore sa sensibilité, sa vision, sa créativité et son traitement des couleurs. Elle a un univers très féminin, sophistiqué et en même temps spontané et naturaliste. Elle a un très grand talent pour sublimer ses sujets !"

Un portrait chinois d'Emma Solal à travers ses idoles Teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage
Goldman

La Callas

Ta  chanteuse Teenage
Suzanne Vega, Joni Mitchell

Ton chanteur teenage
Freddy Mercury

James taylor

Ton acteur teenage
Hyppolite Giradot


Ton actrice teenage
Isabelle Adjani 

Julia Roberts

 


Ton crush teenage
Morten (A-ha)

Bruce Willis

Ton idole actuelle
Mozart 

Fanny Ardant

Ta chanteuse actuelle
Yael Naim


Ton chanteur actuel
Arthur H

 


Ton acteur actuel
Eric Elmosnino

Louis Garrel

Ton actrice actuelle
Valeria Bruni-Tedeschi

Karin Viard

Laetitia Casta

Ton crush actuel
Caroline De Maigret