Edito par Christophe Gatschiné

 

Au risque de paraître cabotin, le leader du groupe Aline, et ex-Dondolo, se réinvente en dandy disco sur un 1er EP (Ma Panthère/Trésor) sexy et léger, idéal pour l’été. Mais ce qui pourrait figurer comme un simple terrain de jeu est moins ludique et éphémère qu’il n’y paraît. Ce dernier avatar est aussi l’occasion de lever le masque et d’être plus que jamais Romain Guerret… Une façon d’avancer en roue libre, l’esprit résolument rock n’ roll, et de mettre un coup de jus à sa vie électrique. Fraichement installé, celui qui ne veut appartenir à aucun endroit nous reçoit dans son nouvel home studio Parisien et se confie sur les courants d’air qui le traversent, entre allégresse orchestrée et romantisme du désordre.

ENTRETIEN Christophe Gatschiné 
PHOTOS:  Nicolas Vidal

Quand et comment est né Donald Pierre ?

Donald Pierre est né le 8 octobre 1974… ce sont mes véritables deuxième et troisième prénoms. Je les utilise pour ce projet car je trouve leur association assez cocasse et improbable. Je voulais d’ailleurs m’appeler « Donald » avant Dondolo, mais je n’ai pas pu pour des raisons administratives à la con, des contingences débiles de la SACEM.

Aline est en pause et je n’aime pas rester sans rien faire. Je pars du principe que lorsque tu es musicien, tu ne dois jamais t’arrêter. Il n’y a que la musique qui me tient et m’amuse encore. J’avais plusieurs morceaux dans mes tiroirs qui n’étaient pas dans l’esthétique d’Aline et qui me tenaient à cœur. Je me suis décidé à les finaliser et à les sortir sous cette troisième entité.

 

… le fils caché d’Aline et de Dondolo, en quelque sorte ?

Non, ce n’est pas un mélange des deux. Je n’ai réfléchi à aucun concept. C’est venu spontanément, en fonction de ce qui me passe par la tête, d’où un certain éclectisme. Le résultat est un maelström dansant qui oscille entre chanson française, variété « chelou », pop un peu cheap, funk et (italo) disco ; des influences que j’ai toujours cherché à mélanger. Les arrangements et la couleur peuvent surprendre mais l’on retrouve mes obsessions. Si le pseudo et le costume sont différents, je ne me suis pas transformé en quelqu’un d’autre pour autant ! Quoi que je fasse, il y aura toujours ma patte ; j’aurais vraiment du mal à faire autre chose...

 

Tu envisages cette nouvelle étape dans ta carrière comme un prolongement, une parenthèse ou un nouveau départ ?

C’est un entre-deux si l’on se réfère à la logique des maisons de disques et au cycle très planifié : composition/album/promo/tournée. Ici j’avance sans stratégie, au feeling, en mode « do it yourself » chaotique. J’essaie des trucs, je sors des morceaux au compte-goutte et j’observe ce qu’il se passe. C’est un « work in progress » public, un laboratoire à ciel ouvert.

Je l’ai envisagé au départ comme une récré puis je me suis progressivement pris au jeu. C’est du solo total, hormis sur « Ma Panthère » que Yan Wagner m’a aidé à produire et dont Jo Wedin & Jean Felzine assurent les chœurs. J’ai tendance à remettre les choses au lendemain mais quand je m’y mets, je vais au bout. Même modestement, je suis ambitieux. Je veux que mes morceaux puissent être écoutés par un maximum de gens. Alors, même s’il faut encore les travailler un peu, leur trouver un angle précis, j’ai envie d’en faire un album. Je réfléchis à comment le sortir : trouver un label, étranger un peu weirdo pourquoi pas, ou l’autoproduire.

 

… au risque de brouiller les pistes ?

Refaire des morceaux « d’Aline » serait ennuyeux. J’ai envie de surprendre, ne pas être là où l’on m’attend. Je sais qu’un morceau comme « Jeanne » peut être détesté mais je trouve amusant de provoquer cette espèce de stupeur justement. Je ne peux pas commencer à composer en me demandant si ça va plaire. Ceux qui m’ont découvert avec Aline seront peut-être davantage déboussolés que ceux qui connaissaient Dondolo, mais ce n’est pas mon problème. Chacun y voit ce qu’il veut.

Aline est un vrai bagage pour moi. Je ne sais pas quelle direction prendra le 3e album ni son horizon. Mais j’aimerais bien faire un concert à la rentrée dans une petite salle Parisienne pour nous remettre à jouer ensemble, relancer le truc… et pour ceux qui nous suivent depuis le début.

Tes prestations scéniques ont évolué elles-aussi…

D.P. : Avec Aline, je ne voulais pas surjouer. Je pensais que la mélodie et les textes d’un titre comme « Elle m’oubliera » par exemple, se suffisaient à eux-mêmes. Mais c’était sans doute présomptueux ; cette posture parle essentiellement aux amateurs d’indie pop et de shoegaze… Le public attend une vraie performance, à l’image de Jarvis Cocker que j’adore. Je me suis refusé non pas à le comprendre mais à le faire, notamment parce que je crois que cette présence, tu l’as ou pas, ça ne se travaille pas vraiment. Et puis c’était peut-être une façon de me cacher aussi ; je suis très timide en réalité.

Pour les lives de Donald Pierre, je voulais n’avoir qu’un micro. Et ne pas être seul, que les regards ne soient pas braqués sur moi et qu’il se passe quelque chose. Avec Jérémy (Monteiro) au clavier et à la guitare (NDLR : dans Aline aussi), je suis plus libre pour me mettre en scène : faire venir une danseuse, me donner un rôle différent sur des chansons théâtralisées, arrêter le son pour me mettre dans la peau d’un conteur… La figuration m’a donné envie d’injecter plus d’acting aux concerts et j’aimerais d’ailleurs jouer davantage la comédie.

 

À ce propos, te reconnais-tu dans l’image du « clown triste » ?

Je n’aime pas l’expression mais c’est exactement ça. Le choix de « Donald Pierre » renvoie aussi à cette dichotomie entre mon apparente légèreté et ce côté triste, voire complètement nihiliste, que je peux avoir parfois. Pour autant, il n’y a pas de dualité en moi, ce n’est pas binaire. Ces deux facettes sont imbriquées et l’une prend alternativement le dessus sur l’autre.

Au premier abord, on peut trouver mes chansons drôles, avec leurs petits sons etc. C’est ce que je donne à voir en premier, pour accrocher. Il y a mon signe solaire et puis il y a mon ascendant, mon moi et mon surmoi enveloppés dans une mélodie enlevée. J’aime la superficialité, surtout quand elle est assumée pleinement, mais associée à une réflexion en arrière-plan, sinon c’est totalement vain. Mes textes sont à creuser… « Ma panthère », au-delà de la métaphore, parle de deux êtres que leur histoire d’amour à distance fait souffrir et « Disco Polemica », des débats insensés sur les réseaux sociaux, cette horripilante vox populi menée jusqu’au chaos et au néant total. On est dedans mais on voudrait tous s’en extirper parce que « Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation », pour citer Guy Debord.

 

Te sens-tu marginal ou bien souhaites-tu l’être ?

Il n’y a pas du tout cette volonté chez moi. Depuis tout gamin, plus que le désir de vivre de ma musique, je suis en quête du tube et je pense toujours, naïvement, que mes chansons vont le devenir !  On l’a frôlé avec « Je bois et puis je danse »…

Comme dans la théorie du banc de poissons, la 1ère vague French Pop dont Aline a fait partie s’est faite débordée. Mais peut-être que la pop est une langue morte. Sa syntaxe et sa dialectique ne correspondent plus au mainstream actuel trusté par la musique urbaine, le rap. Une bonne chanson, avec des accords différents pour le refrain et les couplets, est-elle encore recevable par quelqu’un qui a 20 ans en 2018 ? Aujourd’hui, il faut être très premier degré, compris tout de suite, identifiable et « marketable ». Je connais les rouages des trois ou quatre grands médias prescripteurs musicaux. Le fait est que je n’y arrive pas, il y a toujours un twist quelque part. Alors, J’évolue dans une espèce de no man’s land, entre NRJ et France Inter…

Certains musiciens agissent comme des chefs d’entreprises qui auraient fait une étude de marché. C’est cool à la première écoute, mais tu ne peux pas t’y intéresser parce que tu sais comment c’est fait et où ça veut aller. J’aime les artistes qui fonctionnent à l’instinct, qui par réaction peuvent faire n’importe quoi, quitte à se griller.

J’ai peut-être moi-même une tendance plus ou moins consciente au sabordement, pour la beauté du geste. Tout ne peut pas être « macronisé » ! La réalité me fait chier. À bien y regarder, tout est nul dans la réalité. C’est indispensable pour moi d’y mettre de la poésie.

Propos recueillis par Nicolas Vidal

Elvis Presley-  Ce que je fais n’a rien à voir avec lui, mais c’est Elvis Presley le déclencheur, celui qui m’a donné envie de prendre une guitare et de faire de la musique. Un jour, vers 10 ans, je l’ai vu à la télé pour un hommage, et je suis resté scotché par ce type super beau, bien sapé, qui dansait avec sa guitare, avec des filles qui criaient, complètement en pâmoison. Et la semaine d’après, je prenais des cours de guitare, et je demandais à ma mère  qu’elle m’achète au supermarché le 45 tours de « Don't be cruel » qui venait de ressortir. Ensuite je m’en suis détaché car je n’ai jamais fait de rock, mais son image et ce qu’il véhiculait me parlait vachement. Toute ma vie je me souviendrais de ce moment. L’histoire du rock est jonchée d’icônes christiques comme lui, et quand tu es gamin, c’est impressionnant. »

PEINTURE/PHOTO- J’aime les photos de Charles Traub, particulièrement sa série « Dolce Via » qu’il a pris en Italie dans les années 80. Il a capté l’ambiance qu’il régnait en Italie à cette époque. Je trouve ça très inspirant. C’est comme du documentaire, mais esthétisant. Et dans un autre style, Helmut Newton aussi.  En peinture, j’aime beaucoup Léon Spillaert. C’est de la peinture symboliste entre Nietzsche et Hopper. C’est très graphique, simple, pas très loin des nabis dans le rendu. Il y a une profondeur dans son travail qui me plaît.

LIVRES - « Je lis beaucoup de choses. J’ai su lire très jeune. J’adorais la littérature fantastique, et j’ai beaucoup été marqué par « Le Horla » de Maupassant que j’ai lu vers 10/11 ans. Les livres sont beaucoup plus puissants pour moi que les films. Ce livre m’a passionné et terrifié, avec cette histoire du verre d’eau. J’ai longtemps été angoissé, j’avais peur de dormir, et ce livre n’a pas arrangé mes nuits ! J’adore l’astrologie, et j’ai découvert ce livre, « De la psychanalyse à l’astrologie » d’André Barbault, grâce à Françoise Hardy qui en avait parlé dans une interview. Il est un des rares psychanalystes qui s’est intéressé à l’astrologie. Pour moi c’est une science comme une autre. Il envisage dans ce livre les va et vient entre la psychanalyse et l’astrologie, tous les concepts freudiens sont expliqués par le biais de l’astrologie. Et on comprend qu’elles ont la même finalité : la connaissance de soi. « Top télé maximum » de Pierre la Police, dessinateur que j’adore. J’ai gardé toutes les vignettes « véridique » qu’il faisait pour les Inrocks. Il me fait énormément rire, avec une économie de moyens, et des dessins bidonnants. Ce n’est pas vraiment absurde, mais c’est assez arty, et drôle. « La-bas » de Huysmans, qui est une enquête dans les milieux de la sorcellerie et de la magie noire. Ça se lit comme un polar, et c’est vachement bien. »

Disques- « « Thriller » de Michael Jackson, grosse claque. C’est samedi soir, je suis seul avec ma sœur devant Drucker, et le clip passe. On a super peur, et on est fasciné. En même temps. Et j’achète la cassette en suivant, tellement la musique est bien. Je suis devenu fan de Jackson. Je faisais des compils à la radio, il était en poster dans ma chambre. Je le réécoute de temps en temps. Cet album m’a suivi très longtemps, même si ma Jacksonmania s’est estompée au bout d’un an, dès que j’ai vu Prince en slip noir sur sa Harley qui chantait « When doves cry », toujours chez Drucker. Vers 16 ans, je suis fan du Velvet Underground. A Roanne ou j’ai grandi, il n’y avait qu’un disquaire qui nous avait conseillé la compilation VU des raretés du groupe. Je me suis complètement identifié à cette musique, que je pouvais jouer. Et puis grosse claque esthétique aussi, Warhol, Nico…Il n’y avait pas beaucoup de gens qui écoutaient le Velvet au début des années 90. Et puis c’est la musique parfaite pour ados incompris. Je pourrais les écouter toute ma vie. Les Pixies, ultra importants aussi. Jai choisi « Trompe le monde » pour le son. C’est sonique, spatial, c’est une musique verticale, rapide, fulgurante. Je l’ai écouté à m’en faire péter les oreilles. Il y a une patte, une identité, assez indéfinissable. Et puis c’est un groupe de mon époque. « Here comes everybody » de The Wake. C’est Renaud de la bulle sonore qui m’a fait découvrir ça, et je suis tombé amoureux de cette couleur anglaise. C’est minimal avec des mélodies incroyables, beaucoup de synthés. C’est New Order en plus sensible et en plus fin. Et puis « Homework » de Daft Punk. En 96, j’entends ça à la radio et je tombe amoureux du morceau « Da Funk » Ado j’écoutais Madonna et Samantha Fox, de l’italo Disco, mais à cette époque, j’écoute plutôt Blur, et je suis ravi de revenir à de la musique pour danser. J’adore le son filtré, le côté pop et purement électronique. Après, j’ai écouté de la musique électro pendant 5/6 ans. Et toute la French touch m’a renvoyé sur François De Roubaix, Ennio Moricone… Je n’écoute plus beaucoup d’électro aujourd’hui, sauf Aphex Twin ou certains disques de Plaid. »

Ma Playlist...

FILMS- " Le cinéma pour moi fait appel à trop de sens, du coup je regarde les films vraiment comme un divertissement. Ça ne laisse pas beaucoup de part à l’imagination. Je suis toujours content de voir un bon film, mais le cinéma ne m’a pas réellement construit. Néanmoins, certains films m’ont marqué, comme « Je vais craquer » de François Leterrier, ou les séries B un peu nanar des années 80. C’est l’époque ou Clavier est encore drôle, comme dans « Les baba-cools ». C’est plutôt ça ma culture ciné, Joël Séria, Chabrol, Clouzot. Mais mon film préféré que je regarde une fois par an c’est « Alexandre Le Bienheureux » d’Yves Robert. Ce paysan du Perche marié à une femme tyrannique qui meurt, et du coup il vit son rêve, ne plus rien faire. Et j’aime ce droit à la paresse et à la procrastination, surtout à notre époque ou il faut monter des start-ups. Et puis la musique de Vladimir Cosma qui est démente. J’adore Brian De Palma et surtout « Body Double », un peu kitsh années 80, mais ça m’a marqué. La paranoïa, la scène de boîte avec « Relax », le côté giallo, borderline, parfois de mauvais goût. Et puis « Les autres » d’Alejandro Amenabar. Ce film fait peur au début, mais au final il m’a énormément ému, tellement l’histoire est triste. Cette ambiance pesante, les personnages d’enfants particulièrement émouvants."

« J’ai connu Alex Rossi à l’époque de My Space. Je suis monté à Paris, on a bu des coups, on est devenu amis et on a travaillé ensemble sur des titres en italien. Je le connais depuis 12 ans, on a partagé des moments festifs et plein d’autres choses. En 2012, on a fait « L’ultima Canzone » qui a eu un petit buzz. On a refait des morceaux, il en a fait avec d’autres personnes, et il va sortir un album qui va mélanger tout ça. Et je suis super content que tout le monde puisse enfin l’entendre !

Et je voudrais parler de mon meilleur ami, Julien Lorieux (alias Jean Golo), qui a une émission de radio, et qui m’a fait découvrir plein de choses, plein de livres, de titres. C’est quelqu’un de très cultivé. Dans son émission « Mission Koala », tous les jeudis, il ne passe que des vinyles qu’il achète tous les jours. Ça va du twist à des reprises à l’accordéon. Il écrit tous ses textes dans un style très Debordien, mais déconnant. Il adore le jerk, le twist, les musiques africaines… C’est quelqu’un toujours de bonne humeur, qui me fait beaucoup rire. C’est mon ami à la vie à la mort ! »

Un portrait chinois de Donald Pierre à travers ses idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage
Frank Black

Ta  chanteuse Teenage
Nico

Ton chanteur teenage
Joe Strummer

Ton acteur teenage
Terence Hill

Ton actrice teenage
Rosanna Arquette

Ton crush teenage
Kim Wilde, Béatrice Dalle

Ton idole actuelle
Alexandre Le Bienheureux

Ta chanteuse actuelle
Kiesza

Ton chanteur actuel
Prince

Ton acteur actuel
Vincent Lacoste

Ton actrice actuelle


Ton crush actuel
Jeanne B