Si la pop française était une famille, on pourrait dire que les aînés (Aline, Mustang, La Femme) ont joué les éclaireurs à l’orée des années 2010. Mais ce sont plutôt les cadettes qui ont emporté le morceau. Fishbach a emballé la critique, Juliette Armanet la liesse populaire et Cléa Vincent le cœur des fans de pop. Et si la pop française était une famille, Cléa serait à coup sûr la cousine avec qui on se marrerait pendant les longs repas de famille. Celle avec qui ce serait difficile de se fâcher.  Depuis plusieurs années qu’elle évolue dans ce milieu, elle est celle dont on ressent le plus l’attachement à la scène, au public, désarmante de sincérité, passant d’un projet de reprises (Garçons) à un groupe de jazz (A la mode) avec le même enthousiasme. Sans oublier son projet principal qui l’a vu passer du PopIn à une tournée nationale et internationale. Et ceci grâce à des chansons aux mélodies imparables et des tubes indés qui en d’autres temps ne le seraient pas restés. Son prochain album s’appellera « Nuit sans sommeil » et sortira dans quelques mois. On en rêve déjà.

ENTRETIEN & PHOTOS:  Nicolas Vidal

Ces derniers mois, tu as beaucoup tourné à l’étranger.

C’est vrai que cette année on a été en Amérique Centrale, au Venezuela, en Chine, en Russie. On a été aussi dans toute l’Europe du Nord, au Portugal, en Angleterre, à Istanbul. Par contre là, j’arrête de jouer en France jusqu’à la sortie du prochain album. Donc on reviendra sur scène au printemps, avec un nouveau show, un nouveau répertoire. Mon nouvel album sortira en mars. Par contre on continue les dates à l’international. A la rentrée, on part en Corée, puis en Australie en janvier, à Vienne aussi.

 

Est ce que cela change quelque chose pour toi de jouer à l’étranger, en terme de public, de réception des chansons ?

Je suis vachement plus désinhibée à l’étranger. Je ne fais pas du Marylin Manson non plus, mais j’ai moins peur d’être jugée. Je suis de toute façon exotique pour eux, donc que j’en fasse un peu plus ou un peu moins ne change pas fondamentalement la donne. En France, on a ce côté un peu réservé, observateur, on intellectualise tout, on fait attention à notre image. Je suis la première à le faire d’ailleurs. Alors qu’à l’étranger, ils sont un peu plus instinctifs, ils se laissent aller. Je n’ai pas senti ça partout, mais en Chine, en Amérique Centrale, dans des endroits où ils n’ont pas forcément la chance d’aller à des concerts souvent, ils sont beaucoup plus insouciants.

 

Quel genre de public as-tu à l’étranger ?

Beaucoup de locaux. C’est ça qui est génial. J’avais un peu peur du côté entre soi, car le voyage c’est aussi fait pour rencontrer des gens d’une autre culture. Il y a de temps en temps des français, mais il y a un bon équilibre dans le public.

 

Comment le public perçoit-il tes chansons qui sont très françaises, tant dans la pop que tu défends que dans les textes qui sont tous en français ?

Le public étranger voit d’abord le personnage de scène. J’ai cru comprendre qu’ils trouvent que je fais très française, ce mélange de femme libérée et un peu timide. C’est un peu étrange pour eux la femme française. Ils ont en arrière plan les Françoise Hardy, France Gall…Donc ils te collent cette image direct. Il y a une sorte d’exotisme. Musicalement, comme on est en groupe et que ça envoie pas mal, les gens se lâchent. Raphaël à la batterie envoie une grosse énergie et les gens la reçoivent vraiment. J’essaie d’envoyer un peu plus à la voix. Mais c’est drôle car je ne pensais pas avoir cette image très française.

 

C’est étrange qu’ils t’associent à cette image très sixties alors qu’ici on t’associe plutôt à la mouvance eighties ?

Il y a toujours un énorme décalage entre la culture d’un pays à un instant T et la perception à l’étranger. Mais on fait pareil. On est resté bloqué sur Buena Vista Social Club pour Cuba alors que là-bas, il y a plein de nouveaux groupes.

 

Comment as-tu vécu ces deux dernières années depuis la sortie de « Retiens mon désir » ?

C’était hyper fort. Cette année, j’ai vraiment eu l’impression de récolter les fruits d’un long travail de dix ans, ou j’ai beaucoup ramé pour trouver des dates, ou les conditions n’étaient pas forcément optimum. Et chaque année, j’avais un peu plus de dates, dans de meilleures conditions. Même si j’aime aussi jouer dans la rue, dans les bars, donc je continue à le faire sur d’autres projets. Mais sur mon projet principal, il y a eu un petit embourgeoisement.

 

En même temps on ne le sent pas trop cet embourgeoisement quand on te suit. On sent vraiment, quand on te voit sur scène et à ta manière de communiquer, que tu aimes ça et que tu es prête à jouer dans n’importe quelles conditions et pour tout le monde.

Ça c’est vrai. La distance entre le groupe et le public, ça ne m’intéresse pas. Je suis là avec mon groupe pour apporter une énergie festive, mélancolique, romantique. J’aime l’idée qu’on soit là pour faire des rencontres, se rouler des pelles, se séparer, mais en aucun cas créer une distance. Quand j’ai eu la chance de jouer dans des grandes salles comme la Cigale, j’ai toujours essayé d’apporter de l’inédit. Plus l’enjeu est important, plus je vais prendre des risques, comme pour dire au public que je me mets en danger mais qu’on va vivre le truc ensemble. Quand tu vois Katerine sur scène, quel que soit le lieu, le projet qu’il défend, il te donne une sensation d’intimité, parfois de fragilité. On a l’impression que ce qu’il dit entre les chansons est très écrit, alors que non, il change tous les soirs. Et c’est poétique et inventif à chaque fois. Ou drôle.  

Mais c’est aussi lié à ta personnalité. On ne peut pas se forcer à être comme ça non ?

Si je sais que je froisse quelqu’un par mégarde, ça me rend malade. Je suis incapable d’être désagréable et méchante. Ce qui est parfois un soucis car je ne me protège pas trop. Mais bon, j’arrive à mener ma barque en étant gentille donc je vais continuer. Et puis quand tu aimes la musique de quelqu’un, c’est tellement décevant d’être mal accueilli.

 

J’ai l’impression que tu avances aussi beaucoup en bande. C’est important pour toi le collectif ? Travailler avec tes amis ?

Quand j’étais enfant, je disais toujours à ma mère que je voulais travailler plus tard avec mes copains. Ma priorité, c'est d’être avec des gens que j’aime, que j’admire, avec qui je suis en confiance, à la ville comme à la scène. Et donc je me retrouve avec mon meilleur pote aux claviers, mon cousin à la basse, Raph à la batterie. Ma manageuse est une amie très proche, on se connait depuis le lycée. je connais Victor de Midnight Special, mon label, depuis 15 ans. J’aime l’idée de construire un château fort d’amitié qui va me protéger.

 

Est-ce que c’est lié à ton expérience en major qui ne s’est pas très bien passée ?

Très possiblement, oui. J’ai été en major ou tu te retrouves face à des gens à qui tu as peur de dire bonjour, et ou les gens s’en foutent de porter ton projet, ils le font parce que c’est leur boulot. Alors que là, Victor Peynichou, directeur du label Midnight Special Records chez qui je sors tous mes disques depuis 2012, a choisi tous les artistes de son label. Après, les majors font partie de l’économie de la musique, et on a besoin d’elles. Mais clairement pour moi, ça n’a pas marché.

 

Quelles directions vas-tu prendre pour ton prochain album ? Rester dans la veine pop de « Retiens mon désir » ou aller vers le son plus bossa de « Tropi-cléa » ?

« Tropi-cléa » était vraiment une parenthèse brésilienne. Pour le prochain album, ce sera complètement un autre tableau, beaucoup plus nocturne. J’ai été assez marquée par l’album de Paradis et ce mélange de house et chanson, très produit et très dancefloor. Du coup avec Raph, on a eu ce désir de modernité. Des chansons pop mais habillées plus femme, plus nuit. Il y aura un peu plus de sensualité et moins d’adolescence. J’ai adoré danser sur toute la French Touch, et on a encore plus accentué ce côté électro française.

 

J’ai l’impression que l’album de Paradis a marqué beaucoup de musiciens récemment, ce son de dancefloor mélancolique.

Moi je n’avais jamais entendu ça en fait.  Il y a eu beaucoup de redites eighties ces derniers temps, presque un peu trop, y compris chez moi. Et Paradis arrive avec ce truc très nouveau de mélanger électro et chanson française avec des textes super classes. En parlant avec Polo et Pan par exemple, dont j’adore la chanson « La canopée », on s’était rendu compte aussi qu’on s’était auto-influencés, et j’ai senti que la musique française avait fait un petit détour par la case 80, ramené le français dans la pop, des textes fleurs bleus, et boum, Paradis qui débarque. Et on va voir maintenant la suite. J’espère  que mon album ira dans cette continuité là, en essayant d’amener quelque chose de nouveau.

 

La chanson française est partie également dans un registre plus variété avec Juliette Armanet ou Clara Luciani. Et de l’autre côté, il y a toi, Fishbach ou L’Impératrice qui font des titres plus catchy, plus pop.

Oui, on est plus dans la recherche d’une certaine modernité alors que Clara ou Juliette se placent dans la continuité de Julien Doré, une variété assez élégante ou l’on reconnaît un peu les codes. Alors qu’on n’a pas vraiment les références quand on écoute Paradis, Flavien Berger ou Jacques.

 

Comment s’appellera ton nouveau disque ?

L’album s’appellera « Nuit sans sommeil » et sortira en mars. Ce sera une sorte de vagabondage nocturne d’une femme qui se pose des questions…

Propos recueillis par Nicolas Vidal

Michel Berger & Katerine« Si on superpose un calque de Philippe Katerine et un de Michel Berger, on trouve mon idéal artistique. Le piano de Michel Berger, son côté extrêmement premier degré, romantique, amoureux, et d’un autre côté Katerine, extrêmement poète, qui change d’un album à l’autre, avec beaucoup d’humour. J’aurais aimé dire que c’est une femme qui m’a le plus influencée, mais spontanément, ce sont ces deux artistes. Philippe Katerine est une sorte de modèle à suivre. Un vin succulent qui se bonifie, qui est indémodable. Il n’a aucun album qui se ringardise avec le temps. »

PEINTURE/PHOTO- « J’aime beaucoup David Hockney, qui m’a aussi inspiré pour mon nouvel album. J’aime ce côté épuré, avec beaucoup d’espace dans ses tableaux. Ça fait du bien tout ce vide. On s’évade devant cette simplicité. »

CINEMA- « « Ma nuit chez Maud » d’Eric Rohmer, Françoise Fabian qui cloppe au lit… C’est très inspirant ces personnages de femmes qui ont passé la quarantaine et qui sont toujours séduisantes, magnétiques. Pour moi, Eric Rohmer est un peu comme Sagan ou Katerine. J’ai vu tous ses films et j’aime cette filmographie. J’ai tellement ri devant « Au poste », le dernier film de Quentin Dupieux. Son cinéma est unique, drôle, complètement What the fuck, comme un massage du crâne, mais bizzare. « Les beaux gosses » de Riad Sattouf. L’adolescence est une période difficile, mais ce film est comme une madeleine de Proust. C’est un super portrait d’adolescence, très drôle, ou tu n’as surtout pas envie de revenir. Et puis la série « Love ». Les séries c’est un peu la nouvelle littérature, et j’aime beaucoup Judd Appatow. C’est cette série qui m’a amené vers son cinéma. »

Disques- « C’est le premier album de Pauline Croze qui m’a donné envie d’écrire des chansons. Je l’ai écouté pendant une rupture amoureuse et il a cristalisé ce moment en me donnant envie de m’exprimer. En l’écoutant, je me disais qu’elle vivait un chagrin et je me suis dit que j’allais faire la même chose pour me sortir de là, et ça a marché. Elle m’a ouvert la porte. Sébastien Tellier, qui est un des premiers à avoir mis du français dans l’électro pop. Son album « Sexuality » est extraordinaire. Et puis c’est un pianiste. Le premier album de Daft Punk qu’on s’est tous pris de plein fouet quand il est sorti. C’est un disque très puissant et culte. Et puis « Força bruta » de Jorge Ben, un musicien brésilien dont la chanson « O telefone » est un de mes morceaux préféré.  Et puis notre fondation commune à Raphael et moi, c’est le jazz, la technique, le piano jazz, et Raph a choisi un album de McCoy Tiner, « The real McCoy » »

Ma Playlist...

LIVRES - «  Je n’ai jamais été une grande littéraire. J’étais plutôt music addict enfant et adolescente. J’ai commencé à lire au lycée, et j’ai adoré « La princesse de Clèves » pour ce teasing amoureux autour du Duc de Nemours. J’adore comment la rencontre est amenée, c’est tellement actuel. Le désir, la construction du fantasme, la projection du personnage fait que je me suis beaucoup identifiée à elle. Je suis très agitée, j’ai du mal à me poser pour lire, je sors beaucoup, je travaille tout le temps, et donc merci à la littérature japonaise, notamment Murakami, pour cette facilité. J’aime ce côté pop et réconfortant, notamment dans « Sommeil » qui a influencé mon prochain album avec cette histoire de jeune femme qu’on suit et qui erre dans son appartement, en recherche. J’aime aussi Houellebecq et Françoise Sagan, dont j’ai quasiment lu tous les livres. J’aime le côté anti-héros glauque de Houellebecq versus le romantisme de Sagan qui se la raconte un peu. Ça me représente assez bien d’ailleurs ces deux facettes. Je me projette dans les deux. J’aime particulièrement « Aimez-vous Brahms ? » pour son côté remise en question amoureuse quand tout va bien, les amours interdites. Ça me rappelle l’histoire de Véronique Sanson qui m’a beaucoup touchée. Je prends mon passeport et je me barre alors que je suis très amoureuse, tout remettre en question. C’est super intéressant comme sujet, et ça m’a également inspirée pour « Nuit sans sommeil ». J’ai une tante qui est astrologue et qui m’ouvre beaucoup aux sujets de la spiritualité. Elle m’a offert ce livre de Monique Deschaussées et Erik Pigani, «Musique et spiritualité », qui nous montre comment la pratique d’un art peut devenir un sacerdoce et muer en une pratique quasi religieuse. Et ça m’intéresse beaucoup bien que je sois très terre à terre. Mais ça donne de la hauteur de parler de ces sujets là. »

Pauline (Fere)

Kamilla Stanley

Kumi Solo

« J’ai envie de parler de Pauline qui a crée la marque FERE. Ce sont de T-shirts blancs sur lesquels elle met un logo qu’elle dessine, et qui représente un quartier ou une ville. Par exemple, pour Belleville, elle va mettre un petit bol de nouilles. C’est tellement simple et graphique, et ça me parle. C’est ma tenue de tous les jours. Je me retrouve beaucoup dans son travail. Kamilla Stanley est la photographe de la pochette de mon nouveau disque. Elle est franco-anglaise, elle a longtemps vécu au Brésil. Elle shoote à l’argentique, elle a des idées super. J’ai vécu avec elle la fabrication du décors, son rapport à la lumière, j’ai adoré observer son travail. Elle shoote beaucoup pour le magazine « Paulette ». Et puis Kumi Solo, dont les mélodies sont assez fascinantes. Elle est japonaise et travaille en collaboration avec Ricky Hollywood notamment, et elle est super en concert. »

Un portrait chinois de Cléa Vincent à travers ses idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage
Jamiroquai et Manu Chao

Ta  chanteuse Teenage
Kylie Minogue

Ton chanteur teenage
Jean-Louis Aubert

Ton acteur teenage
Léonardo Di Caprio

Ton actrice teenage
Sophie Marceau et Whitney Houston

Ton crush teenage
J'étais un gros cœur d'artichaut, la liste serait trop longue.

Ton idole actuelle
Gaëlle Garcia Diaz

 


Ta chanteuse actuelle
Lana Del Rey

Ton chanteur actuel
Vald

Ton acteur Actuel
Jean-Pierre Bacri

Ton actrice Actuelle
Cécile De France


Ton crush actuel
Raphaël Léger