Edito par Nicolas Vidal

La France pop a réellement de beaux jours devant elle. Artistiquement parlant. Beaucoup de projets de qualité sortent régulièrement, en français, avec une production incroyablement riche et variée. Il arrive même qu’à l'intérieur d’un même album, des strates et des styles différents cohabitent. C’est le cas dans “Gong”, le nouvel album de Catastrophe qui sort chez Tricatel le 11 septembre. Comédie musicale pop et barnum psyché qui convoque Kendrick Lamar et Michel Legrand, Air et Bob Fosse dans un geste qui mêle la légèreté et l’actualité, les sentiments et le tout numérique. Comme une dystopie générationnelle, le groupe analyse nos comportements à travers une musique presque seventies, un retour vers le futur qui parle de nous, aujourd’hui. Nous avions été très séduits par le premier album du groupe, et surtout par cette audace scénique toute music hall qui remet le sens du collectif en avant, et le corps au centre de la musique. Nous sommes ravis d’ouvrir cette nouvelle saison de Faces avec eux, avec un “Gong” pop qui nous l’espérons en cette période troublée pour la musique signera le départ d’un renouveau esthétique et sociétal pour notre nouveau monde. 

ENTRETIEN & PHOTOS:  Nicolas Vidal

Comment présenteriez-vous le projet Catastrophe à quelqu’un qui ne vous connaitrez pas? Est-ce que vous êtes un groupe, un collectif ? La première fois que je vous ai vu sur scène, vous étiez plus nombreux, il y avait un conteur, une chanteuse lyrique...

Catastrophe, c’est un groupe de 6 personnes qui font une pop solaire et éveillée. On s’est sédimenté à 6, mais il arrive aussi que certaines personnes se joignent à nous, commes des danseuses, où Mathilde qui est chanteuse lyrique et qui fait parfois des choses avec nous. Mais en terme d’investissement sur le projet, nous sommes 6. A début, Catastrophe n’était pas un projet aussi régulier, et quand on a commencé à faire du live, à voyager, on a clarifié le projet autour des membres actuels. 

 

En terme de création pure, comment sont répartis les rôles ? 

Pour la composition, on part souvent des idées de Pierre. Pour le nouvel album “Gong”, on a arrangé les titres tous ensemble dans une même pièce. Pour les paroles, on les a écrites ensemble. 

 

J’imagine que vous avez tous des influences très différentes…

On a tous le goût de la diversité, même en chacun de nous. Le fait que nous ayons des chansons très différentes les unes des autres vient surtout de là, plus que de nos influences différentes. Il y a presque de la schizophrénie dans notre processus créatif. On est en plus dans une époque où l’on nous demande d’être à la fois musicien et de se diversifier dans nos pratiques extra-musicales.  

 

On sentait déjà ça sur votre premier album, “La nuit est encore jeune”, mais sur “Gong”, vous avez poussé le curseur de la comédie musicale plus loin. C’est un genre qui est plutôt balisé. Comment avez-vous envisagé ce genre, entre le style français très variété et le côté Broadway ? 

Ce qu’on essaie de faire avec ce projet, c’est de se rapprocher de ce que peut faire David Byrne, c’est à dire un concert augmenté, à 360 degrés, qui inclut de la danse, une histoire, des personnages. Mais ça n’a rien à voir avec les comédies musicales en France. On n’hésitait même à dire le mot au départ. Mais il faut l’assumer. C’est la France qui a un problème avec la comédie musicale, pas la comédie musicale en elle-même. On n’a pas non plus cherché à obéir à tous les codes du genre. C’est plus une sorte d’hommage, d’inspiration déterminante. C’est notre rêve de comédie musicale telle qu’on l’imagine. Comme des enfants qui font un spectacle pour les grands parents dans le jardin. 

Il y a quand même en France une figure tutélaire de la comédie musicale, c’est Michel Legrand, même si son parcours est plus lié au cinéma. 

Il y a la trinité des Michel dans la comédie musicale en France : Legrand, Berger et Fugain. 

 

On pense d’ailleurs un peu à Michel Fugain sur le titre “Les vivants”.

Fugain est plus une référence pour nous dans l’idée du Big Bazar, de la troupe. Il y avait quelque chose de très vivant et de très coloré sur scène, ou ça danse. C’est aussi la force de la variété d’être présent dans l’inconscient collectif. Après, quand on arrange un morceau, on ne se dit jamais que l’on voudrait que ça ressemble à telle chanson. C’est après-coup qu’on remarque une association avec une autre chansons. C’est un réflexe qu'ont aussi beaucoup les journalistes de faire des rapprochements auxquels on avait pas particulièrement pensé. Mais nous, on ne fonctionne pas comme ça. 

 

Il y a aussi chez Catastrophe un côté music-hall.

On aime le music-hall aussi parce que c’est un art populaire, ce qui est aussi notre volonté. Les premiers lieux de Music Hall étaient faits pour les travailleurs qui venaient se détendre après le travail, des endroits un peu fourre-touts où on pouvait voir des équilibristes, des créatures bizarres, des musiciens… Et il y a ça dans Catastrophe, dans la volonté de surprendre et d’emmener ailleurs. Cela ne nous intéresse pas de ne jouer que devant des experts en musique. On veut jouer devant des publics aussi larges que possible et être généreux envers eux, de ne pas leur reprocher de ne pas avoir les codes, et au contraire pouvoir les surprendre. En ça, on est proche du music-hall. 

 

Vous parlez beaucoup des nouvelles technologies qui sont entrées dans notre vie quotidienne sur “Gong” et de l’envie de s’en détache, notamment à travers la nature. 

On voulait parler de nos vies le plus sincèrement possible, parfois de choses un peu bêtes comme le fait d’être stressé par nos notifications, de ce que ça fait au cerveau. Et on avait aussi l’envie d’espaces verts, surtout visuellement. Et le fait d’en avoir envie a amené ce sens là. On voulait faire des photos depuis longtemps dans la nature, avec un horizon d’espaces verts, comme si on était obsédé par l’idée de retrouver cela. Un mélange d’intuition et de conscience de nos vies. C’est chouette quand le sens se fait un peu malgré nous, que cela devient cohérent sans plan. Surtout que les chansons ont été enregistrées en Décembre 2019, au manoir de Léon près de Dax, avant le confinement. Et bizarrement, tout s’est mis à résonner très fort. Le premier single était censé être “Danse tes morts”, et on s’est dit que ce serait un peu obscène de sortir ce morceau.

 

Il y a une certaine légèreté pop chez Catastrophe, notamment sur scène. Est-ce que cela fait partie de l’ADN du projet ?

On a vraiment creusé cette piste qu’on avait commencé à explorer. Notre objectif était de le faire presque de manière encore plus radicale, avec une couleur par personne, des costumes de Coralie Maravel sur scène, des chorégraphies beaucoup plus précises tout en restant léger. On peut perdre en spontanéité quand on fige les choses, mais on a essayé de ne pas perdre cela. On a beaucoup répété pour avoir les mouvements et les oublier pour retrouver la légèreté. Mais on ne veut pas faire quelque choses de trop théâtral, trop figé. On a un spectacle très pensé, mais ce n’est pas du théâtre. On préférerait que les gens s’attendent à aller à un concert et découvrir des choses en plus, plutôt que d’avoir l’idée d’aller voir une comédie musicale. Et que chacun en sortant ait l’impression d’avoir vu une histoire qu’ils vont reconstituer. On ne veut pas être didactique. On a une approche sérieuse de ce que l’on fait, mais la moindre des politesses est de ne pas le faire de manière trop sérieuse ou autoritaire. On ne veut pas être trop prévisibles. On essaie de faire les choses comme dans la vie. La vie est toujours tragi-comique, avec des imprévus, et c’est ce qu’on essaie d’avoir sur scène. 

Propos recueillis par  Nicolas Vidal

Un artiste : “Pour l’aspect solaire et de réinvention constante, David Byrne est l’artiste qui a le plus influencé Catastrophe. De “Stop making sense” à “American Utopia”, tout nous plait et est surprenant. C’est quelqu’un qui parvient à bien vieillir, qui ne se repose sur ses acquis, qui est inspirant, élégant, et pour qui le live est très important. C’est quelqu’un qui a l’air humble aussi.”

 

Un album : “”To pimp a butterfly” de Kendrick Lamar. Le disque est impressionnant dans le mélange des genres, une union entre le rap et le jazz, et un côté orchestral. Le disque est très actuel. Il y a une exigence dans le propos autant que dans la musique.”

 

Un film : ““All that jazz” de Bob Fosse. C’est un film sur la fin de vie d’un créateur. C’est un homme face à sa création et à sa mort, et à aucun moment il ne cède au pathos. Et puis Bob Fosse a vraiment lancé un courant. C’est toujours hyper sombre et très lumineux dans la forme.”

 

Un livre : “”De l’éperdu” d’Annie Lebrun. C’est un livre sur la notion de ce qui est éperdu, qui ne peut pas être comptabilisé, ce qui dans la vie ne vaut pas d’argent, tout ce qui échappe au rationnel, au numérique. Et quand on fait de la musique, on a envie de sortir l’éperdu en soi. La musique, c’est un temps qui est donné et qui n’est pas utilisé pour autre chose. C’est juste être là.”

 

Un photographe : “Richard Avedon, pour ses différents projets, notamment lorsqu’il photographiait son père en fin de vie, et à la fois les superstars de la mode, ou ses séries sur les mineurs.”

 

Un peintre : “Jérôme Bosch, c’est la fête. Il y a des détails partout, des choses un peu obscènes et sur la mort en même temps.”

Antoine Henault et Coralie Marabelle

“ Antoine Henault a réalisé les photos pour notre album. C’est un photographe qui a un regard où il va trouver de la grâce partout. Il fait des images très profondes, solaires. Il capture la profondeur des choses. Ses photos sont un éternel après-midi d’enfance. Il arrive à capter cela. Et il a un côté très doux. Quand il photographie les gens, il laisse faire, mais peut être assez directif de manière inattendue. C’est un homme gracieux.

Coralie Marabelle a créé les costumes de scène. C’est l’élégance, le sens des couleurs, la créativité et l’inventivité. Elle créé beaucoup à partir de matériel recyclé, de ce que les gens amènent. Elle travaille tout en restant très classe, et il y a quelque chose de l’élégance à la française chez elle.”

Un portrait chinois de Catastrophe  à travers leurs idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage

Justin Timberlake


Ta  chanteuse Teenage

Brigitte Fontaine

Ton chanteur teenage

Etienne Daho

Ton acteur teenage

Jim Carey

Ton actrice teenage

kate Winslet

Ton crush teenage

Alicia Keys

Ton idole actuelle

Billie Eilish


Ta chanteuse actuelle

Juliette Armanet

Ton chanteur actuel

Katerine

Ton acteur Actuel

Donald Glover


Ton actrice Actuelle

Yolande Moreau

Ton crush Actuel

David Numwami

En concert les 10 et 11 septembre au 104 à Paris et le 10 février 2021 au Trianon à Paris